
Santé mentale des jeunes : comprendre la crise et les solutions
Jeunes et santé mentale : une crise silencieuse aux multiples causes
La santé mentale des jeunes s’impose aujourd’hui comme l’un des grands enjeux de santé publique en France et dans de nombreux pays occidentaux. Longtemps reléguée au second plan, elle a finalement été reconnue comme grande cause nationale en 2025, reconduite en 2026. Pourtant, derrière cette reconnaissance officielle, le mal-être des adolescents et des jeunes adultes continue de progresser. Troubles anxieux, symptômes dépressifs, pensées suicidaires ou décrochage scolaire dessinent le portrait d’une génération fragilisée, confrontée à des pressions multiples et à des réponses institutionnelles encore insuffisantes.
Une dégradation objectivée par les chiffres
Les données issues de Santé publique France, de l’Inserm ou encore de l’Organisation mondiale de la santé convergent : la santé mentale des jeunes s’est nettement dégradée au cours de la dernière décennie. En France, la proportion de jeunes adultes présentant des symptômes dépressifs a presque doublé entre 2017 et 2021, notamment chez les 18-24 ans. Chez les adolescents, les troubles anxieux sont de plus en plus fréquents, avec une prévalence particulièrement marquée chez les jeunes filles.
1) Hausse des troubles psychologiques
- Les données récentes montrent une augmentation notable des symptômes anxieux et dépressifs chez les jeunes, notamment chez les 18-24 ans : la part de jeunes concernés par la dépression est passée de 11,7 % en 2017 à 20,8 % en 2021, avec une tendance qui reste élevée après 2022.
- En France, certains sondages auto-rapportés suggèrent qu’un quart des 15-29 ans déclarent des symptômes compatibles avec une dépression (auto-évaluation PHQ-9), même si ce n’est pas un diagnostic clinique strict.
- Chez les adolescents plus jeunes, des enquêtes évoquent 45 % de troubles anxieux chez les 11-15 ans, dont 8 % sévères.
2) Différenciation par âge et genre
- Les troubles émotionnels, notamment les troubles anxieux et dépressifs, apparaissent plus fréquents en fin d’adolescence et chez les jeunes adultes.
- Les filles affichent généralement des taux plus élevés que les garçons, notamment pour la dépression ou les idées suicidaires.
Les hospitalisations pour gestes auto-infligés et tentatives de suicide ont également augmenté, révélant une souffrance psychique parfois intense. Si ces chiffres doivent être interprétés avec prudence — les outils de dépistage ne correspondant pas toujours à des diagnostics cliniques — ils témoignent néanmoins d’un malaise profond et durable.
Un mal-être aux causes multiples
Réduire la détresse psychologique des jeunes à une seule explication serait une erreur. Les spécialistes s’accordent à souligner l’enchevêtrement de facteurs individuels, sociaux et structurels.
1) Pressions sociales et scolaires
- La période de l’adolescence est marquée par des transitions sociales et scolaires intenses, qui peuvent générer stress et anxiété.
- La pression des notes, de l’orientation ou de la réussite professionnelle pèse particulièrement sur les jeunes.
2) Effets des réseaux sociaux et du numérique
- L’usage intensif des réseaux sociaux est associé à des comparaisons sociales constantes, au cyberharcèlement et à des perturbations du sommeil, facteurs connus pour aggraver l’anxiété et les symptômes dépressifs.
- Des recherches récentes suggèrent que l’utilisation fréquente des médias sociaux peut même prédire ultérieurement l’apparition de symptômes dépressifs chez les enfants et adolescents.
3) Impact des crises sanitaires et sociales
- Les confinements et les perturbations liées à la pandémie de Covid-19 ont laissé des traces durables sur le bien-être psychologique des jeunes, augmentant les sentiments d’isolement, d’anxiété et de solitude.
- L’évolution rapide du marché du travail, la précarité économique et l’incertitude face à l’avenir contribuent également à cette détresse.
Tout d’abord, la pression scolaire et l’angoisse de l’orientation pèsent fortement sur les adolescents. En effet, la réussite académique est souvent perçue comme la clé de l’avenir professionnel. Par ailleurs, les incertitudes économiques renforcent ce sentiment d’insécurité. Ainsi, la précarité de l’emploi complique l’accès à une stabilité financière durable. De plus, l’accès au logement demeure difficile pour de nombreux jeunes.
Dans ce contexte, les réseaux sociaux jouent un rôle ambivalent dans la vie des adolescents. D’une part, ils offrent des espaces de sociabilité et d’expression. D’autre part, ils exposent à la comparaison permanente et au cyberharcèlement. Donc la sur-stimulation numérique affecte le sommeil et l’estime de soi. Enfin, des études internationales montrent un lien avec l’anxiété et la dépression. Cependant, elles n’établissent pas une causalité unique.
Enfin, la crise sanitaire liée au Covid-19 a agi comme un révélateur et un accélérateur de vulnérabilités déjà existantes : isolement, rupture des repères scolaires et sociaux, sentiment d’insécurité face à l’avenir.
Des réponses encore incomplètes pour la santé mentale des jeunes
Malgré une prise de conscience politique plus visible, les réponses concrètes restent limitées. Les services de pédopsychiatrie et de psychiatrie publique sont saturés, les délais d’attente pour consulter un spécialiste peuvent atteindre plusieurs mois, et l’accès aux soins demeure inégal selon les territoires et les ressources financières des familles.
Par ailleurs, la frontière entre mal-être psychologique et trouble psychiatrique est parfois floue. Certains professionnels alertent sur le risque de pathologiser des souffrances sociales ou existentielles, alors même que les réponses devraient aussi être collectives : amélioration des conditions d’étude, renforcement du lien social, lutte contre les inégalités.
Des pistes pour accompagner les jeunes, dont le neurofeedback
Face à cette crise, aucune solution unique ne peut suffire. La prévention, l’éducation à la santé mentale, le renforcement des structures d’écoute et l’accès facilité aux soins psychologiques constituent des leviers essentiels.
Parmi les approches complémentaires, le neurofeedback suscite un intérêt croissant. Issue des neurosciences, cette méthode vise l’autorégulation de l’activité cérébrale. Elle repose sur un retour en temps réel fourni par un dispositif informatique. Le neurofeedback est utilisé contre le stress, l’anxiété, les troubles de l’attention ou du sommeil. Il ne remplace pas les soins médicaux ou psychothérapeutiques classiques. Il peut toutefois constituer une aide supplémentaire pour certains jeunes. Cette approche les aide à mieux comprendre et réguler leurs réactions émotionnelles.
Les études appellent à la prudence : le neurofeedback peut être bénéfique pour certains troubles, comme l’anxiété ou le TDAH, à condition d’être encadré par des professionnels et intégré à une prise en charge globale.
Repenser collectivement la santé mentale des jeunes
La souffrance psychique des jeunes n’est ni passagère ni une fragilité individuelle isolée. Elle reflète les tensions d’une société dominée par la compétition, l’incertitude et l’accélération constante. Répondre à cette crise exige de dépasser les annonces symboliques. Il faut investir durablement dans la prévention, les soins et l’accompagnement. Cela implique aussi d’ouvrir un débat sur nos modèles éducatifs, sociaux et économiques.
Reconnaître la diversité des parcours et des besoins, soutenir les jeunes sans les stigmatiser, et explorer des solutions complémentaires — comme le neurofeedback — constituent autant de pistes pour aider une génération à retrouver des perspectives et un équilibre psychique.
Sources :
Ameli : Quels sont les principaux troubles psychiques chez les jeunes ?
Le Monde : Dépression : un quart des 15-29 ans disent être atteints


